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La Konvention Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3 Chapitre 4 Chapitre 5

   Le commissariat 44 calquait son rythme sur celui d’une ruche. Sonneries de téléphone, cris de prévenus, plaintes et éclats de voix de la part d’avocats intimement préoccupés par le bien-être de leurs clients. Une journée routinière dans un poste de police ordinaire. À leur bureau respectif, un grand Noir aux cheveux défrisés et gominés à la manière du défunt James Brown discutait avec son partenaire blanc, qui affichait une moue dubitative.

— Je crains que ce cas aille directement finir sur la pile “ trucs non résolus ”, lança Sykes en posant sur son bureau la masse de chemises qu’il venait de sortir d’un classeur.

— Avant de l’envoyer aux oubliettes, on lui offre pas le service de base “ 72 heures ” ?

— Ah mais je ne lui refuse pas du tout le service de base, moi. Seulement, je doute fort que ce gars soit d’ici. Ses empreintes vont bien nous révéler quelques détails, mais ses vingt-quatre dernières heures à la verticale vont être coton à reconstituer. Remarque, un tel déguisement de cahier à colorier nazi, ça ne passe pas inaperçu. On pourrait toujours faire un petit saut chez les hispanos ou les blacks? Ces gars raffolent des sushis nazis.…

— Hé! hé! hé!, servis sur une base de riz, ricana Sykes. Sérieux, il était peut-être ici pour affaires. Un deal qui a mal tourné, plein de deals finissent mal.

Ganser se gratta le front, indécis.

— Peut-être, mais finir dans une telle mise en scène…

— Du plaisir, que du plaisir en définitive, conclut Sykes, en traçant de petites vagues du bout de ses doigts dans ses cheveux gominés.

— Salut les gars, je ne vous dérange pas, j’espère?

— Bonjour capitaine, répondit Sykes.

— Je viens de vous entendre vous plaindre, manqueriez-vous d’enthousiasme, par hasard?

— Bof! Non, pas plus que d’habitude… toi, Sepp?

— Hum? On est dans la norme, capitaine, dit Ganser en se calant dans sa chaise. On brainstormait entre partenaires.

— Ajoutez-moi donc une petite dose de storm dans votre brain, les gars. Vous avez l’air de deux fonctionnaires blasés discutant du menu de la cafétéria pour étirer la pause. Avez-vous d’autres enquêtes sur la sellette?

— Hier on a bouclé le dossier Sander. Vous savez, la poule dont le mari est mort dans son bain, y a de ça trois semaines, expliqua Sykes. Son légitime était hyper allergique aux arachides. Elle s’est contentée d’ajouter une part d’huile d’arachide au savon moussant à la lavande posée sur le bord du bain. Ça explique pourquoi on l’a retrouvé boursouflé comme un crapaud ayant fumé quatre paquets de cigarettes. Elle a eu beau pleurer toutes les larmes de son corps et présenter un alibi en titane…

Sykes se tourna vers son partenaire.

— Elle était en visite chez sa sœur à six cents kilomètres de là, compléta Ganser.

— À notre époque, poursuivit le grand Noir, les homicides par allergie ont la cote, vous savez.

— Hmmm, susurra MacIntyre. Et ce cas qui vient de vous tomber entre les pattes, vous pensez arriver à quelque chose dans un délai raisonnable?

— On va essayer en tout cas.

— Bon, c’est cool. Comme ce n’est pas un client du voisinage, vous ne me gaspillez pas le prochain trimestre là-dessus, on s’entend? Service de base : soixante-douze heures, pas un cent de plus. Je file, à plus les gars.

— Tu mélanges les pommes et les oranges, toi Sepp?

— T’as remarqué que notre chef adoré amalgamait les notions de temps et d’argent?

— On se sent vraiment en sécurité dans cette ville. Quelle belle conscience professionnelle. Qu’est-ce que tu dirais qu’on y mette un peu du nôtre?

— Ouais, d’ac! Je donne un coup de sonde. J’ai quelques indics qui ont toujours faim. Je commence du côté des blacks.

— Et moi… et moi, je passe un coup de fil à Anderson. Quelque chose me dit qu’il doit avoir terminé de dénouer un certain amas d’intestins!

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