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La Konvention Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3 Chapitre 4 Chapitre 5

   La sonnerie du réveille-matin extirpa brutalement Ganser du sommeil. Comme il ouvrait les yeux, sa femme sortait du walk-in.

— Te voilà réveillé, mon loir?

— T’es en beauté ce matin, chérie, dit Ganser en se frottant les yeux.

— Faut bien que je fasse plaisir à mes amants, dit-elle avec un sourire dans la voix.

— Je te l’accorde. Faudrait bien que je fasse moi aussi des efforts vestimentaires. La petite secrétaire de vingt-deux ans avec qui j’entretiens ma liaison depuis l’an dernier me faisait justement remarquer…

Ganser ne put terminer, Sheryl lui lança au visage la paire de chaussettes qui traînait sur la commode. Ganser eut à peine le temps de fermer les yeux.

— Et n’en profite pas pour te rendormir, grand escogriffe.

— Et le film hier soir, il était bon?

— Tu aurais détesté, donc il était bien. Mais pourquoi m’accompagnes-tu toujours au cinéma si tu n’aimes pas ça?

— C’est parce que je t’aime, toi, que j’y vais. Autrement, on n’arrive pas à se voir.

— C’est pas vrai, ça. Tous les soirs je me blottis contre toi, dit Sheryl en s’approchant du lit pour l’embrasser sur le front.

” Ne traîne pas trop, il est déjà 6 h 30. Tu es capable de replonger. Je t’aime, Sepp, ajouta-t-elle avec ce sourire craquant qu’elle ne déployait que pour lui.

— Autant que tes amants?

— Autant que tu aimes ta pin-up de vingt-deux ans, répliqua Sheryl en filant.

* * *

Le système de drainage fonctionnait à plein régime. Plusieurs des réservoirs de décantation de l’usine d’eau avaient été vidés. Il ne restait que quelques piscines ici et là. Le bassin dans lequel flottait le corps était, lui, presque vide. Une petite foule uniquement constituée de policiers se tenait debout en bordure du bassin et observait la scène. Le ronronnement du système de drainage cessa. C’est à ce moment qu’arrivèrent Ganser et Sykes. Le premier à emprunter l’échelle et descendre dans le bassin fut Sykes. Vêtu d’un gilet de sauvetage jaune, le cadavre reposait sur le ventre. Une bosse dans la poche arrière de son jean laissait deviner une masse compacte. Sykes enfila un gant de chirurgien et retira l’objet.

— Regarde-moi ça, Sepp, fit le grand Noir en exhibant un portefeuille de cuir détrempé. Ça va nous changer de ne pas avoir à nous démener pour mettre un nom sur une carcasse refroidie.

Ce fut Anderson qui répondit.

— Vous n’avez qu’à lire mes rapports et vous verrez que les autres aussi ont une identité. Dites, les gars, suis-je le seul dans tout le département à être noyé sous les dossiers?

Sykes leva la tête et fixa le coroner debout au sommet du bassin, il les observait.

— Ma foi! Quel jeu de mots : noyé sous les dossiers. Dis-moi, Petit, es-tu le seul coroner disponible dans cette ville?

— Et vous, seriez-vous les deux seuls flics disponibles?

— Toi et tes blagues manquées. La ferme et descends nous rejoindre, l’invita Ganser.

— Il n’y a pas trop d’eau?

— Dis, c’est qui de nous deux qui sort d’un rhume?

— Hé Sepp, un drôle de noyé, tu ne trouves pas? fit remarquer Sykes. Tu as déjà vu ça, toi, un suicide par noyade avec un gilet de sauvetage sur le dos?

— Si vous voulez mon avis, trancha Anderson en posant le pied sur le sol humide du bassin, c’est justement parce qu’on voulait le voir flotter qu’on lui a mis ça sur le corps.

— Tu veux dire? s’enquit Ganser.

— D’abord que ce n’est pas un suicide — ça, vous l’avez deviné, et ensuite parce que son assassin tenait à ce qu’on le retrouve le plus rapidement possible.

— Serais-tu en train de me dire que ce coco n’est qu’une autre des victimes du profanateur? Celui qui nous a offert deux macchabs en autant de jours? grommela Sykes.

— C’est une théorie, pas une hypothèse.

— As-tu remarqué ce foulard fuchsia autour de son cou? Je vais te dire, moi, ce qui s’est passé. On a là un foutu pédé probablement saoul qui, pour épater la galerie ou parce qu’il avait pris un pari stupide, est entré ici par effraction pour faire trempette. Il a pris une lampée de trop de flotte, et voilà le résultat, gronda Sykes.

— Serais-tu homophobe?

— Je suis pas homophobe, je tire des conclusions.

— Dans ce cas, monsieur conclusion, explique-moi pourquoi le disque dur du système de surveillance a été piraté? Explique-moi aussi comment il se fait que le technicien de nuit s’est réveillé ce matin avec une migraine du bordel, une bosse pas possible au sommet du crâne et du sang plein le visage? Autrement, pas d’effraction, pas de témoin. Pendant que vous ronfliez, je travaillais, moi, les gars.

— Il se la serait faite comment cette bosse? poursuivit Sykes.

— Il aurait reçu un coup de fil lui intimant d’aller jeter un coup d’œil sur le stationnement. Soi-disant que des jeunes étaient en train de crever les pneus de sa voiture. À peine posait-il le pied dehors qu’il se faisait recevoir avec ce qu’on pourrait appeler un objet contondant!

— Tu veux-tu que je te file ma plaque, Anderson? demanda Sykes.

— Dis-moi, Jonathan, intervint Ganser, tu t’y prends comment pour arriver aussi vite sur la scène d’un crime? Neuf fois sur dix, t’es sur place avant nous.

Un voile passa devant le regard du légiste.

— En fait, je n’ai rien d’autre à faire; mon métier, c’est ma vie. Ça peut vous sembler fou, mais ce travail me comble.

Sykes lâcha soudain un petit cri de victoire.

— Bingo! J’ai le permis de conduire du gars. Il s’appelle… Wilson… Benjamin Wilson.

S’étant déjà penché au-dessus du cadavre, Anderson leur dit :

— Venez voir ça, les gars. Ici à la base de la nuque… touchez, c’est mou. La base du crâne est fracturée. Ce mec a pris un sale coup par en arrière, expliqua le légiste en se redressant. Il devait être mort avant d’avoir touché l’eau. Je suis certain que…

— Bon d’accord… l’interrompit Ganser. Nous, on va s’occuper de faire un peu d’archéologie dans le passé de monsieur Wilson. On va peut-être trouver des trucs intéressants.

Sur ce, Sykes ouvrit son appareil photo et immortalisa la scène sous un maximum d’angles. Puis il circula autour du cadavre avec la fonction vidéo. La lumière ambiante faisait son affaire. Ensuite, il fit signe à l’équipe spéciale, qui patientait en bordure du bassin, de descendre les rejoindre.

— Vous me l’emballez avec son gilet, précisa Anderson aux gars de son service.

Les deux détectives se reculèrent et suivirent Anderson des yeux. Il supervisait le travail de l’équipe avec la nervosité et l’impatience d’un enfant qui entre pour la première fois dans un Toys-R-Us.

— C’est vrai qu’on dirait qu’il n’a pas de vie sociale, ce gars, glissa Sykes dans l’oreille de son collègue.

— Hé! Jonathan! cria Ganser, n’oublie pas que le portefeuille est relié à nous par un élastique!

Sans se retourner, Anderson leva un pouce en l’air.

— Non, pas de vie sociale, Beau Blond, je le crains. C’est pas comme nous, hein?

— Oh non, rétorqua Sykes, sarcastique. Nous, on a une vie sociale enrichissante. Avant de quitter ce soir, n’oublie pas de me dire dans quel cinéma je devrai passer te prendre lors de la prochaine urgence.

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